dimanche 28 mars 2021

Nikkeijin : diaspora japonaise. L’exemple du Brésil

Il y a quelques années, j’avais lu des romans de Bernardo Carvalho, écrivain brésilien, ses premiers traduits en France aux éditions Rivages. Depuis, il est publié aux éditions Métailié, notamment "Le soleil se couche à Sao Paulo" que je viens de terminer. J’y découvre les liens entre le Japon et le Brésil. Sans plus m‘attarder sur le sujet.

L’immigration japonaise aux États-Unis me semble plus connue, notamment par les camps d’internement créés après l’attaque de Pearl-Habor, et aussi grâce à quelques oeuvres de fiction abordant ces générations de descendants japonais que ce soit au Canada (Kerri Sakamoto) ou aux Etats-Unis (Naomi Hirahara, Yoji Yamaguchi et Julie Otsuka).

Un tout récent article publié sur le site nippon.com, La Liberdade de São Paulo : le plus grand quartier japonais se trouve à l’autre bout de la planète, m’a donné envie de m’intéresser à ce sujet.

 

Photo de Negawa Sachio  (nippon.com)

Nikkeijin ou personnes d'origine japonaise

Cette immigration japonaise vers l’Amérique du Sud est importante : Pérou, Bolivie, Paraguay, et Brésil où se trouve la plus grande communauté japonaise au monde, hors du Japon : 1,5 millions (source Wikipédia) dont pas moins de 500.000 rien que dans le grand São Paulo (métropole d'environ 12 millions 300 000 d'habitants).

Au Brésil, l'abolition de l'esclavage en 1888 nécessite le remplacement d'une partie de la main d'œuvre et va constituer une source de préoccupation pour les classes dirigeantes du pays. La solution est en toute logique de se tourner vers l’extérieur en favorisant l’immigration.

Au Japon, c’est avec la Restauration de Meiji une période de transition politique et économique qui s’ouvre. Cette transition se fait parfois dans la douleur et le pays engage alors une politique d’émigration afin de soulager les tensions sociales engendrées par les énormes changements qui secouent le pays (manque de terres et endettement des travailleurs ruraux).

C’est ainsi que le 18 juin 1908, 791 fermiers venus d’Okinawa débarquent du Kasato Maru dans le port de Santos pour venir travailler dans les plantations de café proches de São Paulo.


Le Kasato Maru dans le port de Santos en 1908

photo du site https://lostinbrasil.net

Pendant quelques années, l’immigration japonaise restera modeste et ce n’est qu’avec la fin de la première guerre mondiale que celle-ci commencera vraiment à décoller. En cause, une décision politique américaine qui va avoir une influence extrêmement importante sur l’immigration japonaise. En 1924, l’Immigration Act mis en place aux États-Unis pour “préserver l’homogénéité de l’idéal américain” interdit l’immigration japonaise. Les États-Unis étant la destination privilégiée des émigrants japonais à cette époque, ceux-là se rabattent massivement sur le Brésil. Et ainsi, entre 1917 et 1941, on estime de 164.000 à 189000 (selon les sources) le nombre de Japonais venus s’installer au Brésil (l’émigration est interrompue du fait de la guerre). 


Imigracao-Japonesa-Brasil

photo du site des éditions Anacaona

(littérature brésilienne,féminisme et diversité)

L’implantation n’est pas uniforme : au sud, dans le nord du Paraná, pour cultiver la canne à sucre, le maïs, le soja, le blé, le café, la tomate ou le manioc ; dans la forêt amazonienne pour la culture du jute dans la forêt amazonienne. Une autre partie a migré vers les régions plus urbaines pour travailler dans le commerce ou le secteur industriel. La demande en travailleurs dans la région de São Paulo étant particulièrement importante, de nombreux étrangers, dont des Japonais, s’y sont installés.

 

Affiche d'une entreprise privée japonaise pour attirer les immigrants au Brésil, 

Musée historique de l'immigration japonaise. 

Photo d'une page Wikipédia

Pendant la seconde guerre mondiale et dans l’immédiat après-guerre, les relations furent tendues avec une petite partie de la communauté japonaise : durant la Seconde Guerre mondiale, le Brésil s’est opposé aux puissances de l’Axe (l’Allemagne, l’Italie et le Japon). Cf affaire des Escadrons de la mort du groupe terroriste Shindo Renmei (1945-1947)

Après la Seconde Guerre mondiale, l’immigration japonaise reprend mais de nouveau profil type des migrants : en majorité des célibataires. Si beaucoup ont rêvé en parallèle d'un hypothétique retour au pays... après la guerre perdue, ils n'auront d'autre choix que de rester. L'article de Pierre Jaxel-Truer pour M (voir lien ci-dessous) raconte bien cette intégration, le melting-pot brésilien, et les évolutions de la Libertade (cohabitations entre les différentes communautés asiatiques). Plus tard le mouvement s’inversera, et le Japon qui manque de travailleurs encourage fortement le retour au pays de cette communauté en facilitant l’obtention des visas.

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Ressources en ligne :

- 100 years of Japanese emmigration to Brazil : dossier trilingue, japonais, anglais, portugais,réalisé par la bibliothèque nationale de la diète japonaise en 2008

- Nikkeijin, la diaspora japonaise : dossier de la bibliothèque de la Maison de la Culture du Japon à Paris qui aborde toutes les terres d'immigration (Nouvelle-Calédonie, Hawai, Amériques du Nord et du Sud)

- Japonais du Brésil et des Brésiliens du Japon : histoire, commerce et diplomatie : article du site Journal du Japon (mai 2020)

- Sao Paulo, terre d’immigration japonaise : article de M, le magazine du Monde (juillet 2016)

 - Immigration japonaise au Brésil : dossier de Kévin Patrício, étudiant à l’Université Nice Sophia Antipolis (2016)

Fictions :

- Les livres de Sayuri / Lucia Hiratsuka (texte et illustrations),éditions Anacaona, collection Junior 

- Spectros / Doug Petrie, série Netflix, 2020

 

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